19/12/2006

Verviers: délocalisation ville-périphérie?

Il y a quelques jours, je lisais dans un quotidien régional qu'une entreprise "de la ville" déménageait à la périphérie campagnarde. Dans un autre quotidien tout autant régional, je lisais cette fois que le bourgmestre Desama s'étonnait de la perte d'entreprises à Verviers. En résumé, il accusait indirectement SES habitants de décourager les entrepreneurs.  Les habitants-riverains d'entreprises seraient un peu trop difficiles et ne supporteraient plus les activités industrielles. 

Dans un sens il n'a pas tort, tout en sachant que dans toute société humaine, il y aura toujours des stroumpfs grognons; mais dans l'autre sens, c'est un peu trop facile comme raisonnement.  Serait-il nostalgique d'une organisation sociale où l'ouvrier devrait crêcher au pied de son usine sans broncher?  Les travailleurs se sont battus pour des droits sociaux et des conditions "humaines" de travail, pourquoi n'en serait-il pas de la sorte avec la qualité de la vie urbaine. 

Les pollutions urbaines se sont modifiées, les fumées et rejets nauséabonds ont fait place aux incivilités diverses comme les poubelles sauvages, les gaz d'échappements, les crottes de chien; les bruits des machines remplacés par les pétarades des scooters et autres véhicules tunés "décibels".  Et puis tout le reste...  Dans un certain sens, le citoyen est devenu plus exigeant, voire plus difficile si pas irritable et parfois violent!   Il est aussi tout à fait légitime d'aspirer à un environnement de qualité, quel que soit le quartier où l'on habite, de bonne ou de moins bonne réputation fut-il.

C'est clair et c'est pas neuf, les villes se sont désaffectées au niveau industriel.  Une sorte d'incompatibilité lorsque l'on sait les dangers (incendies, chimiques,...) que certaines industries représentent au niveau des zones fortement peuplées.  L'aménagement du territoire a très bien anticipé ces changements d'orientation en prévoyant des zonings adaptés à chaque type d'activités. 

Verviers a perdu son industrie lainière installée principalement en bord de Vesdre (donc en fond de vallée) et mélangée à des zones d'habitats.  L'eau et la force motrice "rivière" n'étant plus indispensables à d'autres industries, c'est logique que tout un secteur soit resté en friche, ou ait été squatté par d'autres activités souvent liées au secteur tertiaire.

Quant à l'accès à ces entreprises enclavées dans un tissu urbain très serré, n'en parlons pas... ou plutôt si... Avez-vous déjà vu un semi-remorque moderne manoeuvrer dans certaines anciennes rues industrielles? La galère... et cela ressemble à l'arrimage de la navette à la station orbitale au niveau des marges de manoeuvre!  Regardez encore (cela devient de plus en plus rare) les camions qui débarquent les véhicules neufs au niveau des concessionnaires automobiles en ville.  Ils n'ont aucune place, et la circulation est souvent gênée, surtout lorsque bus et autres camions doivent se croiser. En dehors des grands axes routiers (ring,...) le tissu urbain n'est plus adapté aux "grosses" entreprises ou à celles qui désirent se moderniser.  Au niveau automobile, on remarquera un regroupement sectoriel vers le zoning de Petit-Rechain. Il suffit souvent d'un cas pour que les autres emboitent le pas.

Alors que faire?  La ville est-elle condamnée à ne devenir que des dortoirs avec ses lits superposés en quartiers "chic" ou "choc", ses zones de quasi non-droits,  ses piétonniers reconvertis en terrases, ses commerces ou du moins ce qu'il en reste (pour autant qu'ils n'aient pas encore été transférés en périphérie)?

Je pense que dans tout cela, on ne tient jamais assez compte des signes annonciateurs de changement (ce que j'appelle des "indices de terrain" et non de salon) qui encourageraient à anticiper l'avenir. 

Pour Verviers, je ne prendrai qu'un exemple et surtout ne riez pas... Prenons l'exemple du chemin de fer.  En son temps, la fermeture de Verviers-Ouest aurait pu être prise comme inquiétante.  Plus près de nous, la décision d'abandon de la ligne de vallée et de Verviers-central par le TGV était un autre électro-choc. Une bonne chose pour les liaisons ferroviaires "internationales", mais une catastrophe pour Verviers.   Desama qui était à l'époque député européen, qu'a-t-il fait pour Verviers? Quelles compensations?  Cela fait plus de six ans qu'il est bourgmestre, et la majestueuse Verviers-Central sera réduite à devenir une gare de tortillards comparable à la gare de Spa! Demandez l'avis aux navetteurs verviétois sur l'avenir de leurs liaisons ferroviaires...

Eh bien, avec les entreprises situées en ville, c'est identique au chemin de fer.  Elles ont plus facile et surtout moins de contraintes à s'implanter en site "propre".  C'est identique au niveau de la mondialisation: au plus vous diminuez les contraintes (fiscales, environnementales, sociales,..) au plus vous facilitez la création et le développement d'entreprises.

N'oublions pas aussi que Verviers a connu un boom industriel et démographique hors norme durant les deux derniers siècles, et donc qu'en retirant un élément (industrie) tout en gardant l'autre (population), on en arrive presque logiquement à un déséquilibre plus social qu'économique.  Verviers aurait dans un certain sens un déficit en capital industriel alors qu'elle aurait une "surcapacité" en capital humain. 

Dans ces cas, il n'y a qu'une "révolution" des mentalités qui pourrait rééquilibrer le marché.  Si les entreprises se doivent d'être compétitives dans leurs coûts, pourquoi le travail échapperait-il à cette règle dès lors que nous sommes ouverts à la concurrence européenne "large" mais aussi mondiale?

Comme lorsque vous faites vos courses, tout est une affaire de prix.  Quel prix, combien cela coûte?  Pour un travailleur, c'est kifquif!  Vous exigez la meilleure qualité au meilleur prix!

Serait-il imaginable d'avoir une chaîne de production automobile à Ensival, le berceau de l'automobile belge? Ou dans les environs?  Et pourquoi pas... Faudrait d'abord ouvrir les yeux et voir qu'on n'a plus les monopoles d'autrefois.  Faudrait surtout mordre sur sa chique...

gare bus i

Les "essentielles de l'évidence":
1) "Gloire et décadence":
dès qu'une chose entre dans un "patrimoine", cela sent souvent le roussi!
2) "Si vous ne prenez pas le bon bus à la bonne heure et en marche, faudra pas vous plaidre d'arriver en retard!".

16:28 Écrit par nic dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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