18/05/2007

Mais à qui appartient la Vesdre?

Mais à qui appartient la Vesdre ?

Cette question met directement en avant la question de l’appartenance de la Vesdre et de ses éventuelles appropriations.  Appartenance et appropriation étant souvent source de conflits.

La Vesdre appartient au domaine public (j’ignore pour l’instant si la rivière est propriété de la Région wallonne ou de la Ville de Verviers).

Bien qu’une rivière représente un territoire « eau sur sol », le besoin d’occupation est généralement matérialisé par un besoin d’utilisation du contenu, c’est-à-dire l’eau pour divers usages (force motrice, transport, refroidissement, prélèvement (irrigation, potabilisation), pisciculture, loisirs (baignade,..)…).  Les relations entre l’homme et la rivière sont directes. (ceci est volontairement réducteur, car il m’est impossible de développer la totalité des caractéristiques liées à des paramètres particuliers comme le volume, le débit, la surface,…).

L’utilisation de l’eau « territoire » ou du moins sa reconversion en surface « terre » se rencontre dans certains cas où l’homme gagne du terrain sur le plan d’eau (des polders par exemple, suppression de méandres comme ce fut le cas avec la Vesdre et sa boucle de l’Ile Adam,…).   

La gestion d’un territoire (terre, eau) relève d’une politique foncière.  Faut-il céder le territoire d’un cours d’eau comme la SNCB céderait une voie de chemin de fer abandonnée ?  Viendrait le problème de la distribution et du partage : morcellement ou acquisition en bloc ?

Le problème est de taille : celui du rapport entre petites et grandes propriétés.  Et appliquer cette méthode pour des surfaces commerciales, revient à poser le problème du rapport entre les petites et grandes surfaces commerciales.

D’un côté la puissance d’une minorité détenant les grandes propriétés et d’un autre la faiblesse d’un nombre important de propriétaires (ou d’occupants) de petites surfaces.

De plus, la possession des « grandes propriétés » est souvent purement spéculative, ayant un fort attachement au capital qu’elles représentent, et n’en n’ayant que très peu à la valeur « sol » ou « terre ».

Et que veut le promoteur/investisseur?  Il veut s'approprier des espaces privés (cela se comprendre aisément) et l'espace public (je ne parle pas de terrains publics à vocation commerciale ou industrielle du type SPI+).

Tout d'abord, le promoteur cherche la sympathie, voire la complicité de l'autorité publique (disons qu'à Verviers le promoteur reçoit une bénédiction presque inconditionnelle, car c'est la Ville, ou du moins je pense, son bourgmestre qui fut l'initiateur de la demande) en vue de réussir l'appropriation physique et juridique du territoire convoité.  Ce besoin de propriété lui procure une certaine légalité dans sa démarche.

Ensuite vient la démarche économique.  Cette appropriation économique de l'espace confère à la rivière sa valeur marchande. D'un morceau d'eau elle devient "appropriation béton".

Enfin, par l'occupation de l'espace au travers des différentes constructions, le promoteur marque son territoire par des limites de démarcation telles que de grandes enceintes.  Il renforce ce cloisonnement social par de rares accès dont il contrôle les allées et venues.  

J'espère que vous me suivez toujours, même si n'approuvez pas le raisonnement; c'est votre droit. Le seigneur de Verviers distribue gracieusement ses terres à un fidèle colon qui à son tour le morcellera à sa guise et au prix fort.

Mais sapristi, je déconne ou quoi, nous ne sommes plus au moyen-âge ni au temps de la féodalité, qu'est-ce donc toute cette histoire?  Oui, c'est presque vrai. Nous sommes à présent dans une société de marché ("capitaliste" dans son sens passif) où l'attachement actif au sol (à la terre ou à l'eau) et aux personnes n'a plus guère d'importance. Tout placement immobilier réalisé par des personnes (surtout morales comme des sociétés) n'a plus d'attache avec la terre (le territoire, l'endroit qu'il représente).  C'est tellement vrai que l'on assiste rapidement à des changements de propriétaires préférant la réalisation (et rotation) de leurs actifs avec prises de bénéfices (autant que possible, surtout avant dévaluation) qu'un développement durable et intégré de leur investissement. Comme je voudrais me tromper, quitte à rejoindre la catégorie des imbéciles... heureux! Mais voilà, j'pense pas me tromper. (je précise également que les investisseurs sont loin d'être des imbéciles!). L'attachement de l'investisseur (promoteur) est uniquement financier. Quoi qu'il fasse, il n'a aucun état d'âme pour le reste, même s'il se force à le faire croire en façade avec comme exemple des sponsorisations miraculeuses qui ne dureront que le temps d'une averse avant la douche froide!

En conclusion, l'espace Vesdre ne mérite pas d'être sacrifié sur l'autel de la grand'messe du capital irrespectueux ! Le commerce équitable (je dirais le "libéralisme équitable"), c'est aussi avec l'environnement public tout comme avec le travail.  L'espace Vesdre, c'est un patrimoine matériel et immatériel à la fois.  Pas de marchandage, c'est évident!

15:33 Écrit par nic dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

Vous semblez surpris et choqué que la ville de Verviers mette des terrains à un promoteur. Pourtant, il est assez fréquent qu'une autorité publique mette un terrain à disposition d'un investisseur privé pour la mise en valeur de celui-ci. D'ailleurs, le batiment du C&A a été construit suivant ce principe. Assezsouvent, il y a bail emphytéotique entre les deux parties.

Écrit par : AL | 18/05/2007

Et la Vesdre? Et la Vesdre, s'agit-t-il d'un "terrain" public?...

Nep'

Écrit par : Nep' | 18/05/2007

Je n'ai rien contre le "privé" raisonnable et j'en ai contre le "public" irréfléchi ! bien entendu, car il me semble que l'EAU est un bien universel. Et pour moi, la rivière est de la même trempe! Regardez comme il a fallu du temps pour que la Vesdre retrouve son caractère "propre" en plein coeur de Verviers. Vous ne voulez tout de même pas anéantir tous ces efforts collectifs pour le simple caprice d'un bourgmestre et d'un promoteur. Il y a certaines valeurs qui ne se négocient pas de cette manière! Et si maintenant le promoteur exigeait qu'il n'y ait aucune femme qui travaille dans son complexe commercial, vous accepteriez ce chantage parce qu'il va investir 180 millions d'euros???? Et ne me dites pas que c'est pas pareil. C'est faux, nos diverses valeurs de vie méritent qu'on les défende.
Je pense que ceux qui veulent me comprendre me comprennent, et l'inverse aussi. Entendons-nous bien, et surtout sans dérives, car je vois la suite... on pourrait aussi me reprocher que mon raisonnement porterait à vouloir interdire les locations d'emplacements sur le marché de Verviers parce que les ambulants occuperaient l'espace public... Je le répète, il y a moyen de comprendre mes raisonnements sans pour autant y adhérer ou les déformer. Mais peut-être ne suis-je pas assez clair, et cela est fort possible, je le reconnais.
L'important, c'est la protection du site et de sa valeur. L'Etat est, je pense, le meilleur garant dans la protection des patrimoines. L'Etat a parmi ses nombreuses missions d'intérêt public la charge de veiller sur les biens collectifs et sur la protection des environnements et patrimoines de qualité menacés.
C'est vrai que le secteur privé y arrive également (il existe de très beaux patrimoines privés, des fonds et fondations très engagées en matière de patrimoine, des sponsorisations privées efficaces en la matière, des fiertés à acquérir du beau patrimoine et à le conserver), mais c'est toujours à l'Etat que revient la mission de légiférer des mesures conservatoires.
Pour être encore plus clair, vous voyez que je n'accepte pas que le public cède la Vesdre au privé dans un but de destruction de la rivière (couverture supérieure à une liaison normale entre deux rives). Je ne serai pas contre également que le secteur privé gère un domaine public, pour autant qu'il le fasse avec toute l'attention voulue.
Vous voulez encore un exemple avec le secteur privé qui joue correctement son rôle en matière d'environnement? Ne prenons que les minéraliers privés (Spadel par exemple). Leur plus grande préoccupation (tout comme celle de la Ville de Spa) se base sur l'application des directives régionales et européennes en matière de protection des sources et périmètres de protection. Rappelez-vous la "consultation populaire spadoise": un des pré-projets (émanant d'un bureau d'architecture verviétois) fut refusé et ne participa donc pas à la "finale". Les raisons sont évidentes (malgré l'amertume des auteurs): ils prévoyaient des trémies dont les fondations étaient beaucoup trop profondes par rapport à ce qui est permi à Spa, mettant de la sorte un "risque" sur les nappes d'eau souterraines du centre-ville. A Spa, pour peu qu'on voudrait creuser plus profond que deux ou trois mètres (à confirmer), il faut obtenir une autorisation spéciale après examen minutieux de la demande. La protection de l'eau prime avant tout! Avec la Vesdre, c'est presque la même philosophie car elle mérite d'être protégée.
Je serais également choqué si la Région wallonne mettait le parc de l'Harmonie dans les mains du privé pour en faire un complexe commercial.

Écrit par : nic | 19/05/2007

Le bail emphytéotique. Le bail emphytéotique trouve son origine dans le droit romain.

A Rome, le droit réel de jouissance d'un bien propriété d'autrui était appelé jus emphyteuticum. Ce droit ne s'exerçait que sur les propriétés rurales et le loyer périodique versé par l'emphytéote était le canon.

Le droit romain exige de l'emphytéote une mise en valeur du bien faisant l'objet du contrat d'emphytéose.

Ce droit romain est arrivé à nous par le Code Napoléon et la durée de l'emphitéose varierait de 18 à 99 ans.

En ce qui concerne le projet ForumInvest, je ne sais pas si la ville a conclu un bail emphitéotique avec le promoteur. Si c'est le cas, et selon la définition de ce type de contrat, la Vesdre devrait être mise en valeur ... ce qui ne sera pas le cas puisqu'elle sera enterrée sous des magasins. Si ce n'est pas le cas, alors la ville a cédé le bien public (donc à tout le monde) au profit d'un promoteur (donc à seulement un groupe de personnes). Dans les deux cas, il s'agit d'une faute grave vis à vis de l'ensemble des citoyens de Verviers à l'heure où la protection de la nature est devenue plus que nécéssaire.

Vous vous voyez avec un mégalobunker au coeur de la ville pendant 99 ans ? Moi pas !

Écrit par : Virgile | 19/05/2007

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